Black Lives Matter

mercredi 3 juin 2020

Illustration de Sacrée Frangine


Black Lives Matter. Et je comprends que je ne pourrai jamais totalement comprendre. Mais ça ne veut pas dire que je n’essaierai pas.

Si j'ai décidé d'en parler aujourd'hui sur mon blog et sur Instagram, c'est pour mettre ma plateforme à disposition de celles et ceux qui en ont le plus besoin, et si je peux aider à ma façon, déclencher une réflexion. J’ai pris du temps pour réfléchir, lire, et essayer trouver les mots qui me semblaient les plus justes.

J’ai toujours été consciente du racisme présent en France, et ailleurs. J’ai le privilège de ne jamais en avoir fait l’expérience de façon violente, comme d’autres en ont été et sont victimes. Je suis à moitié chinoise-singapourienne, le racisme ordinaire envers les asiatiques existe, me déplait, me dérange, et je le condamne fermement. Mais jamais, jamais, je ne me suis sentie en danger à cause de mes origines, que ce soit face à la polie, ou en marchant dans la rue. Je n'ai jamais eu peur qu'on me refuse un emploi ou un logement à cause de mes origines. Car je passe pour une femme blanche. J'ai beau être métisse, physiquement, cela ne se voit pas vraiment. Et personne ne devrait avoir peur, se sentir en danger ou moins valorisé, à cause de sa couleur de peau.

Le racisme n’est pas une option en 2020. Continuer à croire que certains êtres humains sont supérieurs à d'autres en raison de leur couleur de peau, de leurs origines, de leur religion ou de leur milieu social n’est pas acceptable. Il n’y a pas à être d’accord ou non avec le fait que les Droits fondamentaux de l’Homme sont un DROIT. Le droit à vivre en sécurité, à être libre... Ce sont des droits accordés à chacun.e d'entre nous, et ils sont incontestables et inébranlables. Au nom de quoi certain.e.s de nos concitoyen.ne.s en seraient-ils privé.e.s ?

Le mouvement Black lives matter ne vise pas à amoindrir l’importance des autres vies, il n’y a pas besoin de répéter que "white lives matter too" puisque c’est ancré dans notre société. Une société de où les personnes blanches sont privilégiées - que ça nous plaise ou non, à nous les personnes qui nous sentons ébranlées par cette vérité, qui nous rendons compte que nous faisons partie d’une frange privilégiée de la population (si si, prenez deux minutes pour vraiment y réfléchir si vous en doutez encore), et qui n’avions pourtant pas toujours fait grand chose auparavant. Evidemment, chaque vie compte, c’est incontestable. Mais aujourd’hui, il est nécessaire de mettre en lumière ce qui n’est pas acquis, et c’est exactement ce que traduit le mouvement Black Lives Matter.

Dire "All lives Matter" revient à atténuer la dure réalité et l’urgence de ce que vivent nos concitoyens noirs en France et ailleurs. Ils meurent des mains de policiers qui sont sensés nous protéger, les protéger. Écoutons-les et mettons nos plateformes à leur disposition.
D'après une étude publiée par le Défenseur des droits en 2017, les jeunes hommes de 18-25 ans qui se considèrent comme arabes ou noirs ont été à 80% déjà contrôlées par la police, contre un pourcentage bien inférieur chez les personnes blanches du même âge. Ce n'est pas normal. 

Les interpellations que subissent nos concitoyens sont violentes. La France a d'ailleurs été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour son usage abusif de la force. La technique du plaquage ventral tue. Adama Traoré, Cédric Chouviat, la liste est déjà beaucoup trop longue. Nous avons la semaine dernière assisté à la mort en quasi direct de George Floyd. Il faut que cela cesse.

J’ai parfois lu qu’on devrait s’occuper de ce qui se passe en France, avant d’aller nous mêler de ce qui se passe aux US. Je ne pourrais pas être davantage en désaccord. Je vois ce mouvement comme quelque chose de global. Peut-être le tournant dont nous avions besoin pour changer durablement la société. La France n’est pas exemplaire, les situations de racisme sont encore beaucoup trop nombreuses. Racisme ordinaire (blagues, clichés, et autres gestes « insignifiants » du quotidien, qui sont en fait du racisme aussi), violences policières, manque de considération et de prise d’action de la part du gouvernement… Il y a du boulot. Mais ça ne veut pas dire que ça nous empêche de nous sentir concernés par ce qui se passe ailleurs. Là où les inégalités sont encore plus marquées, là où le racisme fait encore plus de victimes. Des victimes qui le paient parfois de leur vie. Les vies n’ont pas plus de valeurs parce qu’elles concernent des gens ici, en France, ou en Europe.

On accueille avec joie la musique, la dance, la culture noire, mais au quotidien, lorsque leurs créateurs.trices sont victimes d'injustice, que fait-on ? J'ai beaucoup vu sur Instagram la citation d'Angela Davis, si je ne me trompe pas: "il n’est plus question de ne pas être raciste, mais d’être anti-raciste". Aujourd’hui, et demain. Pas seulement en participant au mouvement à travers un post Instagram, quelques Stories. C’est bien, évidemment, mais "bien, ça peut toujours être mieux" :)

Pas en se disant qu’on va sauver le monde, mais plutôt qu’on va prendre part au combat d’une communauté, à leurs côtés. Documentons-nous, écoutons vraiment, prenons conscience de nos privilèges, et des inégalités et injustices qui subsistent. Le privilège, c’est penser que quelqu’un chose n’est pas un problème parce que ce n’est pas notre problème. Agissons, à notre échelle, pour lutter contre les inégalités. Devenons de meilleur.e.s allié.e.s anti-racistes. 

Mon mantra, c’est « Je ne vois pas le monde tel qu’il est, mais tel que je suis », et il résonne particulièrement en ces temps-ci.

Cette lutte, c'est aussi la nôtre. La société française est multiculturelle, par son histoire colonisatrice. De même, la culture noire est profondément imprégnée dans les codes français d'aujourd'hui, et elle a contribué à construire la société que nous connaissons. Nous sommes toutes et tous concerné.e.s par ce combat. Fermer les yeux face à ce que subissent nos concitoyens n'est plus possible.


(Lectures et documentations à venir sous peu)

Articles francophones :

"Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème..." - Virginie Despentes

Articles anglophones : 

"How to Make this Moment the Turning Point for Real Change" - Barack Obama



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